Titre : Pyongyang
Auteur : Valentin Potier
Genre : Théâtre (se lit comme un roman)
Editeur : Editions Keraban
Pages : 158
N°ISBN : 9782917899106
Prix : 13,50 euros
Achevé en 2007
L'histoire : un jeune garçon nord-coréen voit sa famille se faire exécuter pour avoir réduit au silence la radio d'Etat. Il projette donc de fuir son pays avec l'aide de Jin Gaï, un opposant au régime. Cette escapade va les conduire dans la capitale de la Corée du Nord, Pyongyang, où l'on peut mesurer toute la démence de l'idéologie nord-coréenne. Mais, les choses vont se gâter pour nos deux fugitifs.
Cette histoire est une synthèse de plusieurs témoignages de réfugiés dont un bouleversant sur un jeune homme qui a passé dix ans de sa vie en camp de concentration (Kang Chol Hwan, Les aquariums de Pyongyang). Les seules fictions de cette pièce sont : la fuite vers la Corée du Sud par la DMZ (ligne de démarcation des deux Corée. D'habitude, les réfugiés nord-coréens passent par la Chine), et le dernier acte en Corée du Sud (pour ne pas perdre l'intensité et l'oppression qui règnent durant toute la pièce, encore que la conférence de presse est proche de la réalité). Ce que raconte le Choeur est authentique et la visite guidée de Pyongyang n'a rien de fictif.
Ce livre est une pièce de théâtre mais se lit comme un roman, le but étant d'exposer la situation catastrophique de la Corée du Nord et la démence de l'idéologie. Le choix de la pièce vient tout simplement du fait que cela permet de mieux ressentir les émotions des personnages et la manière dont le public doit être interpellé.
Lien pour acheter le livre : http://www.keraban.fr/72+valentin-potier.html
Extrait :
ACTE 4 : KWAN-LI-SO 15 : YODOK
1 l'Echo des détenus
La scène est disposée de manière à représenter l'univers d'un camp de travail de Corée du Nord. Des détenus entrent sur scène et parlent l'un après l'autre en accomplissant diverses tâches difficiles et humiliantes. Ils sont vêtus d'une tenue violette et de sabots de bois.
DETENU 1
Je suis à Yodok depuis quatre ans et j'ai l'impression de n'avoir jamais quitté cet endroit. J'ai été interné ici parce que j'ai bafouillé le nom de Kim Jong-Il lors d'un discours pour son anniversaire. Je suis épuisé, blessé et humilié à cause d'une chose minime qui est un sacrilège chez nous. Je ne sais pas combien de temps je vais devoir rester là mais Yodok n'admet que deux issues : la clémence de Kim Jong- Il ou la mort. C'est le destin qui choisit.
DETENU 2
Quel avenir pour un homme interné ici ? Il n'y en a pas ! J'ai été enfermé pour avoir écouté une radio interdite, la radio de Corée du Sud. Nous avons été amenés ici avec ma femme et mes enfants, nous partageons le même baraquement, nous n'avons rien à manger à part ce qu'on a le temps de produire mais le travail est si dur et si éreintant que personne ne cherche à cultiver son petit lopin de terre situé derrière la baraque.
DETENUE 3
Le camp s'étend sur cinquante kilomètres de diamètre où l'on trouve plusieurs regroupement de baraques, comme des villages, gérés par l'armée du camp. Il est interdit d'aller dans le regroupement voisin sous peine d'être enfermé au cachot. Le cachot, l'endroit d'où l'on sort très affaibli, ou sans vie. L'envoi au cachot est sanctionné par cinq ans supplémentaires au camp pour toute la famille. Cinq ans de plus alors que nous ne savons même pas combien de temps nous sommes censés être internés ici. C'est complètement paradoxal mais dans la confusion générale et la peur, ça porte ses fruits.
DETENUE 4
Le travail, au camp s'organise de cette manière : tous les hommes et toutes les femmes de plus de quinze ans sont répartis dans des groupes de cinq personnes à qui l'on donne des tâches les plus dures et les plus humiliantes. Si une personne manque dans le groupe, c'est tout le groupe qui subit les sanctions, qui sont souvent des travaux supplémentaires le soir. Je suis ici à cause d'un cadre du parti à qui j'ai refusé de divorcer de mon mari pour me marier avec lui. Il m'a faite interner ici et a envoyé mon mari dans la partie des « irrécupérables » du camp, grâce à un mensonge bien structuré.
DETENU 1
Les enfants sont envoyés à l'école du camp où ils apprennent ce qu'on leur enseigne dans la Corée du Nord mais de manière plus brutale et sans aucune retenue. J'ai vu un enseignant frapper un élève à mort et balancer ses restes dans une fosse septique. Bien sûr les autres élèves devaient ensuite plonger dedans pour ressortir le cadavre. Ces enseignants sont les pires des brutes et n'acceptent rien de la part des élèves. Un jour, j'ai même retrouvé des restes d'os appartenant à des enfants. Les maîtres avaient lâché les chiens du camp sur eux.
DETENUE 3
On n'a jamais su où on nous amenait. On nous a fait embarquer dans des camions avec un minimum de bagages sur un chemin chaotique avec tout le mépris des gardes qui nous surveillaient. Nous avons passé une grande porte métallique avec deux miradors sur les côtés de la porte et on nous a fait descendre du camion. Après nous avoir expliqué les règles du camp, on a enfilé nos uniformes de détenus puis nous avons rejoint nos baraques. Tout ça pour un épis de maïs volé dans un champ en temps de famine.
DETENU 2
Malheureusement, il y a une deuxième moitié dans ce camp qui est réservée à ceux qu'on appelle les « irrécupérables ». Autant nous, nous avons une chance de sortir un jour de ce camp, mais eux sont condamnés à mourir ici. Ils n'ont même pas le droit d'accrocher des portraits de Kim Il-Sung ni de Kim Jong-Il puisqu'ils n'ont aucune chance de sortir du camp. C'est ici leur dernière demeure.
DETENUE 4
Ces gens-là travaillent dans des complexes tenus secrets par l'armée. Cela va du traitement de l'uranium à la fabrication de nouvelles armes. Certaines personnes sont utilisées pour expérimenter les nouvelles armes fabriquées. On voit souvent des camions traverser le camp, remplis de cadavres dont certains mutilés de façon à ce qu'on ne puisse plus les reconnaître. Même Kim Jong-Il ne peut sauver cette catégorie de personne. Deux mondes cohabitent ici : la mort avec sursis et la mort sans sursis. Le secret est, en principe, bien gardé.
ENFANT DE DETENU
Personne ne peut s'échapper de Yodok. Le camp est entouré de montagnes dépassant les mille cinq cent mètres d'altitude avec des falaises vertigineuses. Les limites du camp sont représentées par des barbelés, sauf aux endroits inaccessibles comme les lacs ou les pentes abruptes, et sont complétées par des miradors qui tirent sur tout ce qui bouge. J'ai vu des adultes tenter de s'échapper en escaladant la montagne mais la plupart ont dévissé ou se sont faits arrêter et fusiller à l'endroit prévu à cet effet. Je m'en souviens comme si c'était hier de cette exécution. Ils étaient sept à avoir fuit et trois ont été rattrapés. Les soldats ont conduit ces trois personnes sur le lieu prévu pour les exécutions, il y en a deux à Yodok, puis, comme le veut le rituel que vous connaissez maintenant, ils ont été fusillés. Ces gens là ne bénéficient même pas du cachot, ils sont éliminés dans la minute qui suit après une série de tortures auxquelles les soldats se donnent à c½ur joie. Yodok est l'image de la Corée du Nord qui est la plus représentative. C'est pire qu'un poisson rouge dans son bocal : on nous fait retenir des choses qu'on doit oublier trois secondes plus tard et on n'a pas le droit de faire le tour du bocal comme on le souhaite. Il n'y a qu'une seule chose omniprésente et que personne ne veut rencontrer dans vos sociétés : la mort, cette femme si cruelle mais que beaucoup cherchent à séduire dans le camp, à cause du traitement exercé par les autorités. Nos vies n'existent pas et on nous fait croire que nous sommes l'élite du pays. J'ai toujours été dévoué à notre Cher Grand Leader Kim Jong-Il, à tel point qu'un jour, n'ayant personne à dénoncer pour gagner son estime, j'ai dénoncé mon grand père pour « propos capitalistes et contre-révolutionnaires » mais je ne m'attendais pas à finir au camp avec lui, ainsi que trois générations de notre famille en partant de lui, c'est à dire lui, sa femme, ses frères et s½urs, ses enfants et ses petits enfants. J'ai honte aujourd'hui de ce que j'ai fait mais pour moi, c'était un devoir, une obligation pour réussir dans cette société.
DETENU 1
Les enfants sont les meilleurs instruments de dénonciation pour les autorités. Il est si simple de les payer avec des bonbons ou, quand il n'y en a pas, avec des compliments de Kim Jong-Il qui, bien sûr, sont inventés. On n'en veut pas aux enfants, ils ont été éduqués comme ça et nous ne pouvons pas contredire ces méthodes car c'est le meilleur moyen de se faire dénoncer auprès des autorités. Non seulement ce qu'on leur apprend est un mensonge mais, en plus, nous sommes obligés de soutenir ce mensonge. Quand je suis devant mon fils et qu'il me raconte ce qu'ils ont fait à l'école, et que j'ai envie de lui démontrer que c'est faux, je me répète sans cesse « ne lui dis pas ! ». Dans notre pays, ce sont les parents qui ont peur de leurs enfants et non l'inverse.
DETENUE 3
On ne pourrait pas dénoncer nos propres enfants, même s'ils venaient à insulter nos leaders. On les empêcherait seulement de le faire en public ou devant des invités. Eux, ils n'ont pas encore conscience de ce qu'est la famille. C'est pourquoi nous devons rester très prudent. Ils ne pensent qu'à se surpasser les uns les autres et sont prêts à tout. Ils pensent atteindre le paradis avec leur acte civique et c'est l'enfer qu'on leur offre.
ENFANT DE DETENU
Bientôt, un camion va entrer par la porte principale, avec de nouveaux pensionnaires pour travailler à la coupe du bois, la mine, voire les travaux agricoles qui est la pire des tâches lorsque l'on est affamé. Combien seront-ils ? Nous l'ignorons ! Combien tiendront le premier mois ? Nous l'ignorons ! Combien tiendront un an ? Nous l'ignorons ! Combien sortiront de ce camp ? Très peu, voire aucun. Celui qui comprend vite les règles de fonctionnement a peut-être une chance de s'en sortir ! Nous ferions mieux de retourner au travail avant qu'on se fasse prendre par un garde ! Je ne veux pas finir au cachot et prendre cinq ans de plus dans cet enfer, enfer dont je ne suis même pas sûr de sortir.
L'enfant se place au centre la scène, dévisage le public et dit :
Terminus ! Vous êtes au Kwan-li-so numéro 15, le camp de Yodok ! La réalité de la Corée du Nord ! (Au public) Soyez très attentifs car c'est quelque chose dont on ne parle jamais.
Bonne lecture.
Les commentaires sont les bienvenues (tant qu'ils restent respectueux).
Auteur : Valentin Potier
Genre : Théâtre (se lit comme un roman)
Editeur : Editions Keraban
Pages : 158
N°ISBN : 9782917899106
Prix : 13,50 euros
Achevé en 2007
L'histoire : un jeune garçon nord-coréen voit sa famille se faire exécuter pour avoir réduit au silence la radio d'Etat. Il projette donc de fuir son pays avec l'aide de Jin Gaï, un opposant au régime. Cette escapade va les conduire dans la capitale de la Corée du Nord, Pyongyang, où l'on peut mesurer toute la démence de l'idéologie nord-coréenne. Mais, les choses vont se gâter pour nos deux fugitifs.
Cette histoire est une synthèse de plusieurs témoignages de réfugiés dont un bouleversant sur un jeune homme qui a passé dix ans de sa vie en camp de concentration (Kang Chol Hwan, Les aquariums de Pyongyang). Les seules fictions de cette pièce sont : la fuite vers la Corée du Sud par la DMZ (ligne de démarcation des deux Corée. D'habitude, les réfugiés nord-coréens passent par la Chine), et le dernier acte en Corée du Sud (pour ne pas perdre l'intensité et l'oppression qui règnent durant toute la pièce, encore que la conférence de presse est proche de la réalité). Ce que raconte le Choeur est authentique et la visite guidée de Pyongyang n'a rien de fictif.
Ce livre est une pièce de théâtre mais se lit comme un roman, le but étant d'exposer la situation catastrophique de la Corée du Nord et la démence de l'idéologie. Le choix de la pièce vient tout simplement du fait que cela permet de mieux ressentir les émotions des personnages et la manière dont le public doit être interpellé.
Lien pour acheter le livre : http://www.keraban.fr/72+valentin-potier.html
Extrait :
ACTE 4 : KWAN-LI-SO 15 : YODOK
1 l'Echo des détenus
La scène est disposée de manière à représenter l'univers d'un camp de travail de Corée du Nord. Des détenus entrent sur scène et parlent l'un après l'autre en accomplissant diverses tâches difficiles et humiliantes. Ils sont vêtus d'une tenue violette et de sabots de bois.
DETENU 1
Je suis à Yodok depuis quatre ans et j'ai l'impression de n'avoir jamais quitté cet endroit. J'ai été interné ici parce que j'ai bafouillé le nom de Kim Jong-Il lors d'un discours pour son anniversaire. Je suis épuisé, blessé et humilié à cause d'une chose minime qui est un sacrilège chez nous. Je ne sais pas combien de temps je vais devoir rester là mais Yodok n'admet que deux issues : la clémence de Kim Jong- Il ou la mort. C'est le destin qui choisit.
DETENU 2
Quel avenir pour un homme interné ici ? Il n'y en a pas ! J'ai été enfermé pour avoir écouté une radio interdite, la radio de Corée du Sud. Nous avons été amenés ici avec ma femme et mes enfants, nous partageons le même baraquement, nous n'avons rien à manger à part ce qu'on a le temps de produire mais le travail est si dur et si éreintant que personne ne cherche à cultiver son petit lopin de terre situé derrière la baraque.
DETENUE 3
Le camp s'étend sur cinquante kilomètres de diamètre où l'on trouve plusieurs regroupement de baraques, comme des villages, gérés par l'armée du camp. Il est interdit d'aller dans le regroupement voisin sous peine d'être enfermé au cachot. Le cachot, l'endroit d'où l'on sort très affaibli, ou sans vie. L'envoi au cachot est sanctionné par cinq ans supplémentaires au camp pour toute la famille. Cinq ans de plus alors que nous ne savons même pas combien de temps nous sommes censés être internés ici. C'est complètement paradoxal mais dans la confusion générale et la peur, ça porte ses fruits.
DETENUE 4
Le travail, au camp s'organise de cette manière : tous les hommes et toutes les femmes de plus de quinze ans sont répartis dans des groupes de cinq personnes à qui l'on donne des tâches les plus dures et les plus humiliantes. Si une personne manque dans le groupe, c'est tout le groupe qui subit les sanctions, qui sont souvent des travaux supplémentaires le soir. Je suis ici à cause d'un cadre du parti à qui j'ai refusé de divorcer de mon mari pour me marier avec lui. Il m'a faite interner ici et a envoyé mon mari dans la partie des « irrécupérables » du camp, grâce à un mensonge bien structuré.
DETENU 1
Les enfants sont envoyés à l'école du camp où ils apprennent ce qu'on leur enseigne dans la Corée du Nord mais de manière plus brutale et sans aucune retenue. J'ai vu un enseignant frapper un élève à mort et balancer ses restes dans une fosse septique. Bien sûr les autres élèves devaient ensuite plonger dedans pour ressortir le cadavre. Ces enseignants sont les pires des brutes et n'acceptent rien de la part des élèves. Un jour, j'ai même retrouvé des restes d'os appartenant à des enfants. Les maîtres avaient lâché les chiens du camp sur eux.
DETENUE 3
On n'a jamais su où on nous amenait. On nous a fait embarquer dans des camions avec un minimum de bagages sur un chemin chaotique avec tout le mépris des gardes qui nous surveillaient. Nous avons passé une grande porte métallique avec deux miradors sur les côtés de la porte et on nous a fait descendre du camion. Après nous avoir expliqué les règles du camp, on a enfilé nos uniformes de détenus puis nous avons rejoint nos baraques. Tout ça pour un épis de maïs volé dans un champ en temps de famine.
DETENU 2
Malheureusement, il y a une deuxième moitié dans ce camp qui est réservée à ceux qu'on appelle les « irrécupérables ». Autant nous, nous avons une chance de sortir un jour de ce camp, mais eux sont condamnés à mourir ici. Ils n'ont même pas le droit d'accrocher des portraits de Kim Il-Sung ni de Kim Jong-Il puisqu'ils n'ont aucune chance de sortir du camp. C'est ici leur dernière demeure.
DETENUE 4
Ces gens-là travaillent dans des complexes tenus secrets par l'armée. Cela va du traitement de l'uranium à la fabrication de nouvelles armes. Certaines personnes sont utilisées pour expérimenter les nouvelles armes fabriquées. On voit souvent des camions traverser le camp, remplis de cadavres dont certains mutilés de façon à ce qu'on ne puisse plus les reconnaître. Même Kim Jong-Il ne peut sauver cette catégorie de personne. Deux mondes cohabitent ici : la mort avec sursis et la mort sans sursis. Le secret est, en principe, bien gardé.
ENFANT DE DETENU
Personne ne peut s'échapper de Yodok. Le camp est entouré de montagnes dépassant les mille cinq cent mètres d'altitude avec des falaises vertigineuses. Les limites du camp sont représentées par des barbelés, sauf aux endroits inaccessibles comme les lacs ou les pentes abruptes, et sont complétées par des miradors qui tirent sur tout ce qui bouge. J'ai vu des adultes tenter de s'échapper en escaladant la montagne mais la plupart ont dévissé ou se sont faits arrêter et fusiller à l'endroit prévu à cet effet. Je m'en souviens comme si c'était hier de cette exécution. Ils étaient sept à avoir fuit et trois ont été rattrapés. Les soldats ont conduit ces trois personnes sur le lieu prévu pour les exécutions, il y en a deux à Yodok, puis, comme le veut le rituel que vous connaissez maintenant, ils ont été fusillés. Ces gens là ne bénéficient même pas du cachot, ils sont éliminés dans la minute qui suit après une série de tortures auxquelles les soldats se donnent à c½ur joie. Yodok est l'image de la Corée du Nord qui est la plus représentative. C'est pire qu'un poisson rouge dans son bocal : on nous fait retenir des choses qu'on doit oublier trois secondes plus tard et on n'a pas le droit de faire le tour du bocal comme on le souhaite. Il n'y a qu'une seule chose omniprésente et que personne ne veut rencontrer dans vos sociétés : la mort, cette femme si cruelle mais que beaucoup cherchent à séduire dans le camp, à cause du traitement exercé par les autorités. Nos vies n'existent pas et on nous fait croire que nous sommes l'élite du pays. J'ai toujours été dévoué à notre Cher Grand Leader Kim Jong-Il, à tel point qu'un jour, n'ayant personne à dénoncer pour gagner son estime, j'ai dénoncé mon grand père pour « propos capitalistes et contre-révolutionnaires » mais je ne m'attendais pas à finir au camp avec lui, ainsi que trois générations de notre famille en partant de lui, c'est à dire lui, sa femme, ses frères et s½urs, ses enfants et ses petits enfants. J'ai honte aujourd'hui de ce que j'ai fait mais pour moi, c'était un devoir, une obligation pour réussir dans cette société.
DETENU 1
Les enfants sont les meilleurs instruments de dénonciation pour les autorités. Il est si simple de les payer avec des bonbons ou, quand il n'y en a pas, avec des compliments de Kim Jong-Il qui, bien sûr, sont inventés. On n'en veut pas aux enfants, ils ont été éduqués comme ça et nous ne pouvons pas contredire ces méthodes car c'est le meilleur moyen de se faire dénoncer auprès des autorités. Non seulement ce qu'on leur apprend est un mensonge mais, en plus, nous sommes obligés de soutenir ce mensonge. Quand je suis devant mon fils et qu'il me raconte ce qu'ils ont fait à l'école, et que j'ai envie de lui démontrer que c'est faux, je me répète sans cesse « ne lui dis pas ! ». Dans notre pays, ce sont les parents qui ont peur de leurs enfants et non l'inverse.
DETENUE 3
On ne pourrait pas dénoncer nos propres enfants, même s'ils venaient à insulter nos leaders. On les empêcherait seulement de le faire en public ou devant des invités. Eux, ils n'ont pas encore conscience de ce qu'est la famille. C'est pourquoi nous devons rester très prudent. Ils ne pensent qu'à se surpasser les uns les autres et sont prêts à tout. Ils pensent atteindre le paradis avec leur acte civique et c'est l'enfer qu'on leur offre.
ENFANT DE DETENU
Bientôt, un camion va entrer par la porte principale, avec de nouveaux pensionnaires pour travailler à la coupe du bois, la mine, voire les travaux agricoles qui est la pire des tâches lorsque l'on est affamé. Combien seront-ils ? Nous l'ignorons ! Combien tiendront le premier mois ? Nous l'ignorons ! Combien tiendront un an ? Nous l'ignorons ! Combien sortiront de ce camp ? Très peu, voire aucun. Celui qui comprend vite les règles de fonctionnement a peut-être une chance de s'en sortir ! Nous ferions mieux de retourner au travail avant qu'on se fasse prendre par un garde ! Je ne veux pas finir au cachot et prendre cinq ans de plus dans cet enfer, enfer dont je ne suis même pas sûr de sortir.
L'enfant se place au centre la scène, dévisage le public et dit :
Terminus ! Vous êtes au Kwan-li-so numéro 15, le camp de Yodok ! La réalité de la Corée du Nord ! (Au public) Soyez très attentifs car c'est quelque chose dont on ne parle jamais.
Bonne lecture.
Les commentaires sont les bienvenues (tant qu'ils restent respectueux).


